Madère, Belle et Sauvage

Après avoir longtemps hésité entre Madère et les Açores, notre choix s’est finalement porté vers la première et nous avons découvert cette île portugaise en juin 2018. N’y allons pas par quatre chemins, Madère est à ce jour la plus belle île que nous ayons visitée et nous n’avions pas eu un aussi gros coup de cœur depuis notre road-trip en Irlande sur la Wild Atlantic Way. Réputée pour la douceur de son climat, Madère est une pépite à la beauté sauvage, une île d’une incroyable richesse naturelle avec des paysages volcaniques hallucinants et à la végétation luxuriante.


QUELQUES INFOS SUR MADÈRE

L’archipel de Madère, situé dans l’océan Atlantique, est composé de plusieurs îles (Madère, la principale, ainsi que Porto Santo et plusieurs îles inhabitées, désertes et sauvages).

L’île de Madère se trouve à environ 600 km de la côte marocaine , 1000 km au sud-ouest de Lisbonne et 500 km au nord des Canaries. L’île compte 250 000 habitants et sa capitale, Funchal, 110 000 à elle-seule. Surnommée l’île aux fleurs ou encore la perle de l’Atlantique, Madère offre des paysages grandioses (et je pèse mes mots) sur seulement 750 km². On ne vient pas ici pour bronzer sur la plage ou lézarder au soleil, non, on vient ici pour se ressourcer au cœur de ses paysages époustouflants. L’incroyable fertilité de cette terre posée au milieu de l’océan a permis l’épanouissement d’une végétation dense et sauvage comme la forêt Laurifère, classée au Patrimoine Naturel Mondial de l’UNESCO.

Mais avant de partir à la découverte de ce joyau volcanique, il faut déjà commencer par atterrir sur cette île souvent soumise aux caprices de la météo. On vous en dit plus dans les incontournables…


☆ LES INCONTOURNABLES ☆ 

À VOIR / À FAIRE À MADÈRE

Atterrir à Madère

Découvrir Madère se mérite car il faut pour cela atterrir sur sa piste réputée dangereuse. C’est une expérience en soi et d’ailleurs en parcourant le net, on voit souvent l’aéroport de Funchal classé parmi les 10 aéroports les plus dangereux du monde. Assurément l’atterrissage est impressionnant et le notre ne fit pas exception à la règle mais il faut savoir que les pilotes qui atterrissent ici sont spécialement formés pour cette piste particulière qui déborde sur l’océan sur 180 piliers de béton. Ce qui rend les atterrissages délicats, c’est la proximité de la montagne qui créé souvent des vents violents avec lesquels les pilotes doivent composer pour poser leurs engins. Ça tangue pas mal mais les pilotes sont aguerris et remettent les gaz s’il le faut pour tenter une nouvelle approche. Qu’à cela ne tienne ! C’est franchement plus impressionnant que dangereux et une fois sur l’île vous ne le regretterez pas. Ça fait aussi partie du charme de Madère…

Découvrir Funchal, la capitale

L’une des premières choses que l’on a tendance à faire en arrivant sur l’île est de partir découvrir sa capitale, Funchal. Son nom est déjà une invitation au voyage…

Une journée suffit pourtant amplement pour la visiter. Funchal est une ville sympathique mais l’île recèle des trésors bien plus beaux et sauvages que ce que peut offrir la capitale.

Vue sur la ville de Funchal

Au rang des choses à voir, citons le Jardin Tropical Monte Palace, sur les hauteurs de la ville, où vous pourrez vous promener parmi d’innombrables plantes exotiques. C’est celui que nous avons choisi de visiter après avoir lu quelques avis sur la toile car il plus réputé que le jardin botanique. Libre à vous de monter à pied, en voiture ou en téléphérique dont l’accès se trouve proche du front de mer.

Les plantes exotiques du Jardin tropical de Funchal
Le parc du jardin tropical Monte Palace de Funchal

Une façon originale de redescendre vers le centre de Funchal est de le faire en traîneau en osier, les fameux Carrinhos. Sensations fortes garanties puisque vous dévalerez des rues très pentues à plus de 50 km / h assis dans un traîneau « piloté » par deux hommes. Bon il faut savoir que la descente dure 5 minutes et qu’il vous en coûtera 30€… pas donné.

Un incontournable de Funchal, l’unique Mercado dos Lavradores, un marché authentique haut en couleurs où vous trouverez de superbes fleurs, des fruits gorgés de soleil et où vous pourrez aussi admirer le marché aux poissons, dont la vedette n’est autre que la spécialité de l’île : l’impressionnant espada (poisson-sabre).

Le marché aux fleurs Mercado dos Lavradores de Funchal
Le marché aux poissons Mercado dos Lavradores de Funchal

Le marché se situe dans la vieille ville de Funchal, plutôt sympa avec ses vieilles bâtisses et ses graffitis colorés mais relativement petite. On termine la visite de Funchal avec une promenade agréable sur le front de mer, animé en cette période estivale.


Randonner le long des levadas

Il y a plusieurs levadas incontournables à faire à Madère comme la levada das 25 fontes (levada des 25 fontaines) ou la levada do Caldeirão Verde (levada du chaudron vert). Les levadas sont des petits canaux d’irrigation creusés dans la roche, que l’on peut suivre pour découvrir des paysages à couper le souffle. Ce système unique au monde permet d’irriguer les régions arides en acheminant l’eau depuis le nord-ouest de l’île, plus arrosé et donc plus humide. Ces canaux se doivent d’être accessibles pour être parfaitement entretenus et donc un petit chemin suit chaque levada, pour le plus grand plaisir des randonneurs. Attention toutefois, certaines levadas imposent des passages assez périlleux dans la montagne et la forêt donc il faut vraiment être prudent.

Levada do Caldeirão Verde

Accès voiture : rejoindre Santana et emprunter la petite route raide et étroite au niveau de la caserne de pompiers jusqu’au parking du parc forestier de Queimadas pendant environ 5 km.  

Nous avons choisi de suivre la levada do Caldeirão Verde, littéralement le « chaudron vert » et on peut dire que cette randonnée porte bien son nom. On peut aussi poursuivre avec la levada Caldeirão do Inferno (« chaudron de l’enfer »)… ça promet !

Cette randonnée étant assez courue, mieux vaut la commencer de bonne heure pour profiter de la quiétude du lieu. Depuis le parking du Parc Forestier de Queimadas, comptez environ douze kilomètres aller-retour jusqu’à la cascade ou une vingtaine si vous poursuivez jusqu’à la Caldeirão do Inferno.

Il faut être bien chaussé car certains passages peuvent être glissants et vertigineux alors autant prendre toutes les précautions possibles. Munissez vous aussi de lampes torches pour traverser les tunnels étroits creusés dans la roche et courbez l’échine pour ne pas y laisser des morceaux de votre cuir chevelu.

Les premiers kilomètres vous plongent au cœur d’une forêt tropicale exceptionnelle. A certains moments on a l’impression que la végétation va nous happer et nous engloutir tant elle est omniprésente et abondante : ambiance jungle assurée ! Au fil du parcours, la végétation se fait plus discrète et les paysages deviennent plus aériens avec des passages vertigineux qui ont de quoi impressionner. L’étroitesse du sentier incite à la prudence, mais quel spectacle fabuleux !

Vos efforts seront récompensés quand vous atteindrez la sublime cascade. L’endroit est MAGIQUE !

Levada Caldeirão do Inferno

Cette levada est le prolongement de la Caldeirão Verde. Depuis la cascade on peut donc soit revenir sur nos pas, soit décider de continuer vers le « chaudron infernal ». Nous avons longuement hésité car nous avions lu que cette partie n’était plus protégée et que la sensation de vide était bien plus présente encore que la précédente. Au final on a quand même voulu poursuivre, pour assouvir notre curiosité et pour prendre notre dose de paysages grandioses et de panoramas exceptionnels. Nous avons redoublé de prudence et certains passages doivent effectivement être abordés avec précaution car les « garde-fous » sont lâches ou inexistants sur certaines portions du parcours. Alors oui si vous souhaitez poursuivre et vous ajouter environ 8 km aller retour, pourquoi pas, mais franchement nous avons préféré la première levada, la Caldeirão Verde. Celle-ci est certes un joli bonus mais ne soyez pas frustrés si vous vous arrêtez à la cascade.


Ponta São Lourenço

Accès voiture : prendre la direction de Machico et Caniçal et suivre ensuite la direction « Prainha/baia d’Abra » jusqu’au parking de la Baie d’Abra.

Ce qu’il y a d’absolument incroyable à Madère, c’est qu’en très peu de temps et de distance, le décor change du tout au tout. On passe d’une nature verte et luxuriante à des paysages ocres et désolés. L’incroyable végétation d’hier laisse maintenant place à la beauté brutale et presque inhospitalière de la pointe de São Lourenço, balayée par les vents et sculptée par la mer. Si le bout du monde existe, alors il doit ressembler à cela. Et comme la météo peut se montrer capricieuse sur cette île, parcourir ce bout de terre qui s’avance dans l’océan, sous un ciel gris et menaçant, rend l’endroit encore plus dur et plus sauvage, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Cette belle balade de 8 km aller-retour à flanc de falaise vous emmène à l’extrémité Est de l’île, sur une péninsule rocheuse qui offre des points de vue remarquables sur les falaises au teintes rouges et ocres d’origines volcaniques. On ressent ici toute la force de la nature et des éléments surtout quand l’océan est démonté et que les vagues viennent se fracasser sur la roche. Des paysages parmi les plus beaux de Madère.

Là encore, il est important de bien se chausser, le sol étant caillouteux et certains passages aériens.


Pico do Arieiro

Facilement accessible par une belle route sinueuse, le Pico do Arieiro culmine à 1818 mètres ce qui en fait le troisième plus haut sommet de Madère. On peut facilement se garer au niveau de l’observatoire météorologique et profiter de la vue spectaculaire sur les sommets de l’île ou bien partir en randonnée vers le Pico Ruivo, le véritable maître des lieux, qui culmine lui à 1862 mètres d’altitude.

Les randonneurs qui partent d’ici pour rejoindre le Pico Ruivo sont nombreux car il s’agit de l’une des plus belles randonnées de Madère. Nous avons de notre côté préféré faire la randonnée en sens inverse c’est à dire en partant du parking situé à Achada do Teixeira et en se dirigeant vers le Pico do Arieiro. Du coup, on a profité tranquillement du spectacle depuis le belvédère aménagé juste après le parking. Un régal pour les yeux avec cette lumière de fin d’après-midi, qui décline doucement sur les sommets et les crêtes de Madère.

Pico Ruivo

Si la plupart des randonneurs partent du Pico do Arieiro vers le Pico Ruivo, nous avons fait le chemin en sens inverse en partant donc du parking d’Achada do Teixeira, situé à 1500 mètres d’altitude. A nous les somptueux paysages le long de cette éprouvante et exigeante marche qui relie les deux sommets mythiques de Madère.

C’est donc le cœur vaillant et le pas assuré que nous avons entrepris notre marche en surplombant une mer de nuages percée par des arrêtes saillantes. On se sent minuscule devant un tel panorama. Le spectacle s’étale sur 14 km aller-retour et des paysages volcaniques à couper le souffle s’enchaînent dans un décor minéral fascinant. On passe dans des tunnels et on longe des précipices impressionnants mais on s’émerveille du début à la fin devant tant de beauté.

Prévoyez de bonnes chaussures, la crème solaire et des vêtements chauds, la température en altitude pouvant varier fortement et le temps changer brusquement.


Câmara de Lobos et Cabo Girão

Après avoir découvert les trésors de l’Est et crapahuté dans le centre, au cœur des entrailles de Madère, allons maintenant percer les mystères de l’Ouest. On s’arrête en chemin dans le très beau village de pêcheurs, Câmara de Lobos, au Sud de l’île. Il est bon de se poser ici en terrasse en profitant de l’atmosphère décontractée de ce jolie port de pêche et de sa baie avec ses bateaux colorés.

A deux pas de Câmara de Lobos se trouve le belvédère du Cabo Girão, situé sur la deuxième plus haute falaise du monde. Le clou du spectacle consiste à marcher sur la plateforme en verre qui avance dans le vide, la Skywalk. La vue plongeante sur les terres cultivées bordant l’océan est juste… vertigineuse !


Curral das Freiras depuis le Miradouro Eira do Serrado 

Avant de poursuivre vers l’Ouest, on fait une petite embardée en remontant un peu dans les terres pour rejoindre un autre belvédère remarquable, Eira do Serrado. La route se fait plus sinueuse et plus étroite sur les derniers kilomètres et on croise pas mal de car de touristes alors prudence. Une fois garé, comptez dix minutes à pied et quelques 145 marches à gravir depuis le parking avant d’arriver devant l’un des plus beaux panoramas de l’île…enfin si le temps est de votre côté. Nous avons du nous y prendre par deux fois avant d’avoir la chance d’apercevoir le village de Curral das Freiras, en fond de vallée, au cœur d’un magnifique cratère. La vue est unique sur ce village, le plus isolé de Madère.

L’histoire raconte qu’en l’an 1566, des religieuses s’y étaient cachées suite à l’attaque de leur couvent, à Funchal, par des pirates. Le village, très difficilement accessible, leur servit de refuge. C’est de là qu’il tient son nom, Curral das Freiras signifiant « l’étable des nonnes ».


La côte Sud-Ouest de Jardim do Mar à Ponta do Pargo

On se dirige maintenant vers Ponta do Pargo, la pointe la plus à l’Ouest de l’île. En chemin, ne manquez pas de faire une halte dans le petit village Jardim do Mar, situé sur la côte la plus ensoleillée de Madère. Blotti au pied d’une gigantesque falaise, le cadre est superbe. L’endroit est aussi très apprécié des amateurs de surf car il est l’un des meilleurs spots d’Europe. Le panorama depuis la promenade sur le front de mer est grandiose…

Le village suivant, Paul do Mar vous permet d’emprunter une belle route panoramique (ER 223) qui mène à Fajã da Ovelha où vous pourrez reprendre la route ER 101 pour continuer jusqu’à Ponta do Pargo.

Nous voilà maintenant à l’extrémité Ouest de l’île, sur un site qui s’élève à 312 mètres d’altitude et qui offre encore une fois une vue imprenable sur les falaises et l’océan. Il parait que les couchers de soleil y sont splendides. On veut bien le croire.


La côte Nord, de Porto Moniz à Ponta Delgada

On reprend la route jusqu’à Porto Moniz vers la côte Nord de Madère, qui contraste nettement avec les paysages ensoleillés du Sud. Le Nord est plus humide et frais et la côte semble beaucoup plus sauvage avec ses falaises escarpées surs lesquelles viennent se frapper avec violence les vagues de l’Atlantique.

Porto Moniz

Porto Moniz est célèbre pour ses piscines naturelles, formées par la lave volcanique. Elles se remplissent au gré des vagues de l’océan. Véritables curiosités naturelles, elles promettent une baignade rafraîchissante et revigorantes.

On ne peut que vous conseiller le restaurant Cachalote, qui propose des plats copieux pour un prix correct avec en prime une belle vue sur l’océan.

A quelques encablures de Porto Moniz se trouve le village Ribeira da Janela, dont la principale curiosité réside dans ses surprenants rochers façonnés par la mer.

Seixal 

On poursuit notre périple sur la côte Nord en nous arrêtant à Seixal, célèbre pour ses piscines naturelles mais surtout sa plage de sable noir d’origine volcanique. Le contraste entre le sable noir, les rochers couverts de lichen et les immenses falaises embrumées est saisissant. C’est aussi ce genre de paysages sauvages et bruts que nous sommes venus chercher à Madère. Nous en prenons plein les yeux.

Juste après Seixal, en direction de São Vicente, vous pourrez apercevoir, depuis un petit belvédère proche de la route, la cascade do Véu da Noiva (« le voile de la mariée »), haute de 110 mètres et plongeant à pic dans l’océan.

Les paysages le long de cette route longeant le Nord de l’île sont spendides et nous nous arrêtons souvent pour les admirer. On profite de pouvoir garer la voiture aux entrées de l’ancienne route côtière ER 101, aujourd’hui fermée à la circulation car très dangereuse depuis qu’elle n’est plus entretenue. Régulièrement des rochers tombes des falaises et s’explosent sur la route en contrebas alors prudence si vous vous arrêtez ne serait-ce que pour prendre quelques photos.

Nous voilà à Ponta Delgada, petit village coincé entre mer et montagnes où nous immortalisons une dernière fois la rudesse des paysages du Nord, où l’océan vient se fracasser sur les falaises abruptes et sombres. La brume et le ciel gris apportent un côte mystérieux, du plus bel effet.


Le plateau Paúl da Serra

Nous terminons cette semaine à Madère par un passage sur le plateau de Paúl da Serra, une vaste étendue plane qui dénote sérieusement avec le reste de l’île. Nous sommes ici à environ 1400 mètres au dessus du niveau de la mer, dans un endroit totalement vide et très vert. Les autorités voulaient y installer le principal aéroport de l’île, pour éviter d’avoir à rallonger la piste actuelle construite en partie au dessus de l’Atlantique, mais les conditions météorologiques en ont décidées autrement. Paúl da Serra est régulièrement plongé dans le brouillard, donc trop dangereux.


Madère nous aura fait vivre une semaine absolument magique ! Les paysages y sont aussi beaux que variés. Cette île est un trésor sauvage perdue dans l’océan Atlantique. Des reliefs montagneux du centre de l’île aux rivages escarpés et brumeux du Nord, des villages paisibles et baignés de soleil du Sud aux impressions du bout du monde de l’Est, des forêts verdoyantes et luxuriantes aux paysages volcaniques désertiques et lunaires… Madère est très certainement la plus belle île que nous ayons visité à ce jour. Alors prenez vos chaussures de randonnée et venez arpenter les paysages époustouflants, aussi sublimes que sauvages, de l’île aux fleurs.

 

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